Alexandre, celui qui a, dans ces trentaines, n’a pas pu conquérir une dixième de ce que Alexandre le grand a pu conquérir quand il y avait 18 ans.Notre Alex est un ingénieur mais il a même étudié l’art, une spécialité très humaine, j’ai faillit dire non-lucrative, pour finalement être largué par sa petite-amie, pour laquelle il s’affairait à poser la grande question: «es-tu heureuse?».
Au fait il posait cette même question au chef de l’entreprise où il cherchait travailler. Le chef hennissait, puis a répondu avec un ton posé, depuis son mouchoir majestueux, que oui. Et il ajoutait qu’il est aussi stable que rien plus bouge dans sa vie. Une lune pleine. Des fesses froides. Alex, aussi sublime qu’il est, aussi candide, bafouillait.Une étoile. Dans la place de l’Etoile? Sorti d’un roman de Modiano?
Même si Alex est stoïque et téméraire, il évite l’émulation. Son terrain de guerre se n’est pas les échelles sociales, les masques et les mascarades, c’est plutôt son existence face aux vicissitudes du temps. Les étincelles miroitées.
Hâve, mal rasé, l’œil hagard, la bouteille du vin dans la main, il pensait aux vers de Hugo: Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.
Dans la supermarché il fait entendre la fille d’allure rébarbative, des paroles suaves. Et d’une pichenette, elle a ramollit.Elle est devenue avenante. Radieuse. Et avec deux nuages, on aurait pu faire de la pluie.




